15/05/2014
* « Ceci n’est pas un bar ».
Ceci est un espace conçu afin d’être un lieu de rencontre, d’échange et de découverte entre jeunes artistes alternatifs, amateurs d’art contemporain et non-institutionnel, ou/et passagers désirant faire la découverte d’un autre monde. Un autre monde est possible, une autre manière de s’enivrer aussi.
S’il y avait un vœu inavoué pour ceux qui ont conçu le Brauhaus Alternative Bar, ce serait sûrement qu’il parvienne à contribuer à promouvoir et faire connaitre les jeunes artistes tunisiens des différents domaines, musiciens, chanteurs, DJs, Vjs, vidéastes, chorégraphes, etc… et leur ouvrir ses portes afin qu’ils puissent saisir cet espace et en faire une zone de création libre.
* « Redonnez-moi mon verre, car vous ne savez pas ce que vaut un verre », disait, dans un de ces poèmes, le célèbre et ancien poète arabe Abou Nouwas.
On ne naît pas buveur, on le devient. Que veut dire « je désire boire » ? Eh bien, comme nous l’explique Gilles Deleuze, cela veut dire que « je désire un agencement, un paysage, pour y boire de l’alcool ». Et Brauhaus Alternative Bar se veut, en effet, être cet agencement dans lequel on désirerait boire de l’alcool. Son décor n’en est pas un, c’est une véritable œuvre artistique conçue et réalisée par l’artiste plasticien Zied Hadhri. Un travail artistique, prenant forme de décor original, par le biais du collage des journaux tunisiens et arabes anciens (datant des fois du 19ème siècle), d’articles, de photos, d’images, de mots et de jeux de mots, guettant et retraçant, par le recours au lyrique et le dérisoire, les traces du non-dit et du marginalisé dans la culture et l’imaginaire tunisien et arabe moderne. On ne peut, au Brauhaus Alternative Bar, ne pas tourner les yeux et le cou dans toutes les directions, à l’affût d’une expression ou d’une image. On est à l’écoute des murs qui ont tant de choses à nous raconter.
Et il n’y a pas que les murs qui s’immiscent dans nos bières, dans nos verres, et nos yeux pour annoncer l’étonnement. Les lampes, les lustres, et tous objets sont détournés et reconstruits par les mains créatives de l’artiste. On est, bel et bien, en train de boire dans une grande salle d’exposition contemporaine.
* « Je bois ton verre, et tu bois le mien », ainsi chanta Jacques Brel « La Bière » lors d’un concert, prenant à contre-rythme tout le public présent, rajoutant un couplet qu’ils ne connaissaient pas.
Nous ne croyons pas qu’il faut être tristes et isolés pour être alternatifs, nous croyons qu’il faut être joyeux et solidaires :
« Nous vivons une époque profondément marquée par la tristesse qui n'est pas seulement la tristesse des larmes mais, et surtout, la tristesse de l'impuissance. Les hommes et les femmes de notre époque vivent dans la certitude que la complexité de la vie est telle que la seule chose que nous puissions faire, si nous ne voulons pas l'augmenter, c'est de nous soumettre à la discipline de l'économisme, de l'intérêt et de l'égoïsme. La tristesse sociale et individuelle nous convainc que nous n'avons plus les moyens de vivre une véritable vie et dès lors, nous nous soumettons à l'ordre et à la discipline de la survie. Le tyran a besoin de la tristesse parce qu'alors chacun de nous s'isole dans son petit monde, virtuel et inquiétant, tout comme les hommes tristes ont besoin du tyran pour justifier leur tristesse.
Nous pensons que le premier pas contre la tristesse (qui est la forme sous laquelle le capitalisme existe dans nos vies) c'est la création, sous de multiples formes, de liens de solidarité concrets. Rompre l'isolement, créer des solidarités est le début d'un engagement, d'une militance qui ne fonctionne plus « contre » mais « pour » la vie, la joie, à travers la libération de la puissance. »
( Manifeste du Réseau de Résistance Alternatif ★ Buenos Aires, automne 1999 )
Si, en Tunisie, on a vu naître au milieu des années 30, à partir du café « Taht Es-sour » l’un des rares mouvements intellectuels et artistiques qu’est le mouvement « Taht Es-sour », sous d’autres cieux on a connu la naissance du mouvement Dada à partir du « cabaret Voltaire » à Zurich, et c’est dans les bars de Paris que Surréalistes ensuite Situationnistes se réunissaient pour lancer leurs actions. Ceci nous donnerait une idée de l’importance de ces lieux, que sont les bars, dans l’éclosion des mouvements artistiques et intellectuels. Certains de ces lieux sont même restés liés, dans l’histoire de l’art, à ces mouvements. C’est pour cela que notre bar, le Brauhaus Alternative Bar, est le votre. Il ne vivra que par votre engouement autour de lui, et c’est vous qui y soufflerez de votre âme.
« Viens voir comme on rit
Verres et ventres pleins
Quand meurt un frère qu'on aimait bien
Car chez nous quand on meurt
On devient capitaine
D'un brise larme ou d'une baleine
Chez nous quand on meurt
On devient capitaine
D'un brise larme pour ceux qu'on aime.
Ça sent la bière, de Londres à Berlin
Ça sent la bière, dieu qu'on est bien
Ça sent la bière, de Londres à Berlin
Je bois ton verre et tu bois le mien »
(Jacques Brel)
Brauhaus Alternative Bar,
Hammamet, Tunisie, mai 2014.
[ Texte rédigé par Elyes Mejri
après une nuit intensivement alcoolisée
:) ]