20/01/2023
⚫ LE FARDEAU C'EST FINI - ON VOUS EXPLIQUE POURQUOI.
C’est avec grand regret que nous vous annonçons la fin de l’aventure Fardeau…
Après de longs mois de montage de projet, de levées de fond, de travaux, notre bar associatif a ouvert ses portes avec la modeste ambition de faire vivre un bon délire en centre ville. Il y avait d’abord tout un aspect culturel et festif : servir des bières locales pas trop chères, organiser des concerts, des DJ sets, des expositions avec des artistes de la scène locale, mais aussi produire du débat et des discussions par le biais de présentations de livres et d’invitation d’auteurs. En parallèle, c’était aussi l’ambition de poursuivre une dynamique d’entraide née du premier confinement en distribuant de la nourriture et surtout du pain chaque jeudi ou encore en organisant des free shop certains dimanches. C’est ce que nous avons fait avec joie et détermination pendant plus d’un an, depuis l’ouverture en septembre 2021. Près d’une tonne de pain a été distribué, des centaines de kilos de vêtements, et probablement une belle quantité de bières s’ajoute à tout cela au cours de soirées conviviales.
Mais notre aventure s’est rapidement transformée en bataille face à différents protagonistes prenant la tournure d’un véritable calvaire.
POLICE POLITIQUE ET PRESSION PSYCHOLOGIQUE
Sans l’afficher vraiment, notre équipe n’a jamais cherché à masquer sa sympathie et son implication dans des mouvements de contestation politique sur le terrain social et écologique. Les renseignements territoriaux n’avaient évidemment pas raté l’info quand nous nous apprêtions à ouvrir un local associatif en plein centre ville. C’est ainsi qu’au cours des premières semaines d’ouverture (novembre 2021), nous avons fait l’objet d’un contrôle dans l’établissement par différents services policiers et préfectoraux. Hygiène, sécurité, finance, débit de boisson, contrôle des pass et des adhésions… tout a été passé en r***e par pas moins d’une petite dizaine d’agents en civil un jeudi soir. Après avoir répondu à leurs exigences, moins d’un an plus t**d les mêmes services accompagnés d’un agent des renseignements et de la brigade anti-criminalité ont resurgi dans nos locaux débouchant sur des convocations et interrogatoires au commissariat. Des enquêtes préliminaires sont toujours en cours.
Après avoir pris contact avec la fédération des cafés et restaurants associatifs au niveau national pour leur faire part de notre cas, ils restaient bouche bée et très surpris par de tels contrôles auxquels ils n’avaient jamais eu à faire face ailleurs en France. Selon leurs termes, de telles descentes supposent une coordination de différents services qui n’est pas simple, et c’est le signe qu’ils ont l’intention de « mettre le paquet »…
Sans conséquence juridique directe mais non sans pression psychologique, ces contrôles ont un peu posé le décor de notre aventure Fardeau.
BOURGEOISIE LOCALE ET MAIRIE DE ROUEN, MAIN DANS LA MAIN CONTRE UNE INITIATIVE LOCALE ET SOLIDAIRE
Dès nos premiers jours dans les locaux, nous avons pris contact avec le voisinage pour présenter le projet et parler un peu de nos activités futures. Rapidement nous avons pris acte des appréhensions des voisins notamment en matière de nuisances sonores. Ainsi des travaux d’isolation acoustique ont été ajouté au prévisionnel de chantier et l’intégralité des ouvertures ont été remplacé par du double vitrage (ajoutant plusieurs milliers d’euros à l’enveloppe globale des travaux).
Mais dès les premières semaines d’ouverture, certains voisins n’ont pas accepté que la rue du Fardeau prenne vie. Habitués au calme des confinements et confortablement installés au dessus d’un local vide depuis des années, le simple bruit des chaises posaient problème. Nous partions donc de loin pour envisager une amélioration des rapports de voisinage. Rappelons ici que la rue du Fardeau est située en hyper centre de Rouen (à deux pas de la Cathédrale, de la rue du Gros Horloge et de tous les établissements nocturnes qui existent dans ce quartier). Rappelons aussi la nature et la fréquence des événements au Fardeau : la plupart des nos concerts se déroulaient en acoustique, quasi exclusivement les soirs de weekend, et rares sont ceux qui ont débordé au-delà de 23h30…
On ne peut pas dire que le Fardeau soit réputé pour ses soirées qui débordent mais au contraire pour son ambiance posée à siroter quelques bières sur un fond de musique trad’ irlandaise.
Mais c’était sans compter sur la détermination et la probable influence que cette poignée de voisins entretiennent avec les autorités locales. Nous avons d’abord été contraints d’effectuer une étude d’impact acoustique qui a coûté 1400 euros à l’association. Une fois chose faite, les voisins ont continué d’appeler de façon systématique la police lors de nos soirées musicales débouchant chaque fois sur des contrôles. Les brigades de police n’avaient rien de plus à constater que quelques fumeurs de clopes sur le trottoir et une ambiance musicale modérée.
Après des pressions continues de la part de nos détracteurs, la Mairie a procédé à la pose de micros chez certains voisins, sans nous avertir, afin de nous prendre « la main dans le sac » quant à nos supposés excès sonores. Nous n’avons jamais eu leurs conclusions entre les mains. Simplement, au cours d’un échange téléphonique avec une personne de la Mairie, nous apprenions que leur dispositif avait relevé des décibels excessifs un samedi à 5h15 du matin. Non seulement le Fardeau était fermé à cette heure là, et leurs prélèvements ne permettaient aucunement de différencier des bruits provenant de notre établissement de ceux émis par n’importe quelle fête de voisins ou de passants éméchés.
Mais peu leur importait, c’est sur cette base et sur la pression permanente des fameux voisins que la Mairie nous contraignaient en juillet 2022 de nous équiper sous deux mois d’un « limiteur de pression acoustique » d’une valeur de 4000 euros sous peine de fermeture. Matériel habituellement réservé aux boîtes de nuit et aux salles polyvalentes.
Par ailleurs, nous apprenions en septembre 2022 que nos chers voisins acharnés vendaient leur somptueux appartement idéalement situé juste au dessus du Fardeau. D’une modeste valeur de 430 000 euros nous comprenions mieux leur désarroi face à l’ouverture d’une initiative un peu trop « culturelle » et « solidaire » au pied de chez eux, risquant la dévaluation de leur bien. C’est aussi à ce moment que nous recevions des pressions de la part de leur agent immobilier qui désirait semble-t-il toucher sa commission rapidement.
Retour côté Mairie. Après différentes tentatives de négociation et sans compter du soutien de certains élus et de leurs bons conseils (merci à eux !), les autorités mettaient à exécution leurs menaces.
Nous recevions en novembre une lettre de la Mairie remise en main propre par la police municipale au cours d’une soirée au Fardeau (mieux que la Poste !) nous sommant d’arrêter les concerts sur le champ, et de se munir de ce fameux limiteur acoustique sous 20 jours sous peine d’amende et de fermeture.
C’en était trop pour notre petite équipe.
Qui essaye de faire vivre des initiatives associatives localement connaît déjà l’énergie et le temps que cela suppose. Mais rajouter à cela un tel acharnement ça n’est plus désirable. Ils auront finalement réussi à faire taire une initiative simple et joyeuse pour la jeunesse et la solidarité dans cette époque en crise. Les 3000 adhérents de l’association n’auront pas suffit à renverser la balance.
Nous remercions évidemment tous les adhérents, les artistes, les zikos, notre clique d’habitués, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont participé à ce bon délire et qui nous ont soutenu ! On ne sait pas encore vous dire quand et comment notre collectif pourraient redonner vie à des projets, mais sachez que nous tenons toujours aux aspirations qui ont fait exister le Fardeau !
PS 1 : Nous allons procéder au remboursement de tous ceux qui ont donné sur notre appel à dons pour le limiteur acoustique (merci à vous).
PS 2 : Ça nous ferait vraiment plaisir que le lieu soit repris par une initiative cool dont nous partageons les valeurs. Le local sera disponible au cours du mois de février. Nous pouvons vous recommander auprès des propriétaires, alors si vous avez un projet et besoin d’un local contactez-nous et on verra ce qu’on peut faire !