21/11/2025
📌 J'avais oublié de vous dire, 2026 va être très compliqué.
Il nous prépare du sale comme jamais vous pouvez imaginer. 📇
📌 LA VIE N'EST PAS UNE MARCHANDISE (2) (faite l'effort de lire ce texte)
📍Les brevets, une crise morale
LES BREVETS ont fait leur apparition dans la vie quotidienne dans les années 1980. Jusque-là, les seules personnes à s'en préoccuper étaient les déposants d'une demande de brevet, les examinateurs de la demande et les avocats. Deux événements survenus à cette époque ont modifié à tout jamais la situation et transformé la question des brevets en un enjeu crucial qui affecte la vie des simples citoyens. Le premier a été la décision de la Cour suprême des États-Unis de traiter la vie comme une invention et, par conséquent, de permettre à l'Office des brevets des États-Unis d'accorder des brevets sur le vivant. Le second a été l'introduction par les États-Unis des droits de propriété intellectuelle (DPI) dans le cadre de l'Uruguay Round de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).
Considérons les faits suivants:
♦️Le premier brevet sur un mammifère a été accordé le 12 avril 1988 par l'Office des brevets des États-Unis à la société DuPont pour une souris dont on a modifié le patrimoine génétique en y introduisant des gènes humains et de poulet infectés afin de lu transmettre le cancer. L' « oncosouris » que DuPont a fait breveter était censée aider à trouver un traitement contre le cancer, mais sans succès. On la baptisa "Souris Harvard", du nom de l'université où les travaux de recherche furent conduits, bien que l'appellation "Souris DuPont " désignant la société détentrice du brevet aurait été plus appropriée. La licence du brevet, d'une ampleur extraordinaire, accorde à son titulaire la propriété sur toute espèce animale-souris, rats, chats ou chimpanzés dont le patrimoine génétique a été modifié de telle sorte qu'il comporte une variété de gènes cancérogènes. Ce brevet est peut-être l'un des plus larges jamais accordés. DuPont exploite par conséquent le premier animal breveté au monde, sous la marque de commerce Onco Mouse.
♦️La brebis nommée Tracy constitue une « invention bio- technologique » des scientifiques de Pharmaceutical Proteins Ltd (PPL). Elle est qualifiée de « bioréacteur de cellules mammaires » parce que ses glandes mammaires, modifiées par l'introduction de gènes humains, produisent une protéine destinée à l'industrie pharmaceutique. Ce qui a permis à Ron James, ancien directeur de PPL, d'affirmer que «la glande mammaire est une très bonne usine ». Mais Tracy «ne pouvait se reproduire que par clonage. Les scientifiques de PPL et de l'Institut Roslin ont donc «créé» Dolly qui. bien entendu, a ensuite été brevetée en tant qu'« invention de Roslin et propriété de PPL.
♦️Une entreprise américaine, Biocyte, possède un brevet sur toutes les cellules du cordon ombilical des fœtus et des nouveau-nés.
♦️Une autre compagnie américaine, Myriad Pharmaceuticals, a breveté le gène du cancer du sein et détient le monopole sur toute utilisation de ce gène à des fins de diagnostic.
♦️Au Royaume-Uni, les chercheurs du National Institute of Health (NIH) ont fait breveter une méthode de thérapie génique dont la licence a été attribuée à Genetic Therapy. qui l'a vendue pour 395 millions de dollars à Sandoz, société ayant fusionné par la suite avec Ciba Geigy pour former Novartis. Ainsi, l'un des géants mondiaux de la génétique possède des droits de « propriété » exclusifs sur une thérapie développée dans le domaine public.
♦️En 1994, Amgen a acheté pour 90 millions de dollars à l'Université Rockefeller le gène dit de l'obésité. Étant donné que les Américains dépensent annuellement 30 milliards de dollars en médicaments et programmes d'amaigrissement, le brevet du gène de l'obésité pourrait rapporter des sommes faramineuses dans une société où tout concourt, dans l'industrie alimentaire, à provoquer l'obésité.
♦️En 1995, le gouvernement américain s'est accordé un brevet sur une lignée cellulaire provenant du peuple Hagahal de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
♦️Une société française, Genset, a conclu une entente avec le gouvernement chinois en vue de recueillir et de breveter l'ADN de tribus de régions éloignées.
De nos jours, des compagnies, des laboratoires commerciaux,
des universités, des chercheurs et, en particulier, des gouvernements semblent donc jouer gros en se lançant dans une chasse au trésor des brevets dont la vente leur rapportera des
milliards de dollars. Ainsi, on a pu voir à la fin du xx siècle des brevets être accordés à l'égard du savoir et des plantes indigènes, des micro-organismes, des gènes, des animaux. voire des cellules et des protéines humaines.
♦️Vandana Shiva, la vie n'est pas une marchandise. P.9-11
📌 LA VIE N'EST PAS UNE MARCHANDISE (2) (faite l'effort de lire ces lignes)
♦️LES MENACES POUR LA BIODIVERSITÉ
À propos du vivant, les généticiens sont parvenus à faire valoir qu'ils ont inventé» et «fabriqué» l'organisme vivant dans lequel ils ont introduit un nouveau gène, si bien qu'ils peuvent prétendre en être propriétaires en vertu d'un brevet et détenir le droit d'exclure quiconque voudrait fabriquer cet organisme, l'utiliser ou le vendre, à moins de verser des redevances au titulaire du brevet. À l'heure actuelle, des centaines d'animaux génétiquement modifiés, poissons, vaches, souris et cochons, font pour ainsi dire la queue pour être brevetés par nombre de chercheurs et d'entreprises. Le brevetage des microbes conduit assurément au brevetage des végétaux puis des animaux.
Pour que le brevetage du vivant porte moins à controverse, la biodiversité a été assimilée à la notion d' « invention biotechnologique » et de « gènes hybrides». D'une durée de 20 ans, les brevets s'appliquent aux futures générations de végétaux et d'animaux. Cependant, en réorganisant des gènes, les scientifiques des universités ou des entreprises ne créent pas les organismes faisant l'objet d'un brevet. En ce qui concerne le précédent américain ci-dessus, beaucoup de scientifiques sont persuadés que Chakravarty n'a pas créé une nouvelle forme de vie, mais qu'il est simplement intervenu dans les processus normaux par lesquels des souches de bactéries s'échangent de l'information génétique en vue de produire une nouvelle souche. «Sa» bactérie vit et se reproduit en vertu des forces qui guident toute vie cellulaire. Nous sommes encore loin de pouvoir créer de la vie. Prétendre que la bactérie de Chakravarty découle de son travail à lui et non de celui de la nature, c'est grandement exagérer le pouvoir de l'être humain et faire preuve d'une ignorance de la biologie: pourtant, cet argument a eu des effets dévastateurs sur l'écologie de la planète.
Les brevets sur la vie et le positionnement de l'homme en tant qu'inventeur d'autres êtres vivants ont d'énormes incidences économiques et écologiques, outre les problèmes éthiques que cela pose. Les formes de vie se « font » elles- memes-elles croissent, se reproduisent, se régénèrent et se multiplient selon des structures intrinsèques complexes et dynamiques. La manipulation des formes de vie n'équivaut pas à la « fabrication » de la vie. Introduire des gènes dans un organisme vivant n'est pas la même chose que « fabriquer » du vivant, Breveter le vivant revient à s'arroger le rôle du Créateur ou de Dieu lorsqu'il devient possible de breveter la biodiversité des gènes, cellules, processus et produits, rien n'est plus facile ensuite que d'aller au-delà des brevets sur les organismes génétiquement modifiés pour revendiquer des brevets sur les végétaux.
Du point de vue écologique, les brevets relatifs aux ressources biologiques sont lourds de conséquences pour la conservation de la biodiversité et son utilisation durable. En se faisant «propriétaires» de la vie au moyen des brevets, les toutes puissantes entreprises économiques pourraient devenir les nouveaux «seigneurs» de la vie comme il existait autrefois des seigneurs terriens, appelés en Inde les zamindars. Elles pourront percevoir un loyer sur chaque graine qui aura été plantée, sur chaque médicament fabriqué à partir des dons que la nature généreuse dans sa biodiversité offre aux populations depuis des générations. Le pouvoir de percevoir un loyer sur la vie, consenti par les brevets, est un moyen infaillible de pousser des millions de gens au bord du précipice de la survie.
Christophe Colomb a créé un précédent lorsqu'il a considéré l'autorisation de conquérir des peuples non européens comme l'expression d'un droit naturel des Européens. Le droit des colonisateurs a eu pour effet de réduire en esclavage et d'asservir les premiers occupants des terres conquises. Cette violente appropriation a été rendue « naturelle » parce qu'on a défini les peuples colonisés comme s'ils appartenaient à la nature, leur déniant ainsi toute humanité et toute liberté. Dans son traité de la propriété, Locke légitime le processus de vol et d'appropriation lors du mouvement des enclosures en Europe. Il fait reposer la liberté capitaliste de construire sur la liberté de voler, en affirmant que la propriété se crée par le prélèvement des ressources de la nature. Selon Locke, seul le capital peut ajouter de la valeur à la nature ainsi appropriée. de sorte que seuls ceux qui possèdent des capitaux ont le droit naturel de posséder des ressources naturelles, ce droit ayant la préséance sur les droits collectifs de ceux qui en revendiquaient la propriété. Le capital devient ainsi source de liberté. mais cette liberté se fonde sur le déni du libre accès aux terres, aux forêts, aux rivières et à la biodiversité dont le capital se prétend propriétaire. Compte tenu de l'équation faite entre la propriété obtenue par la privatisation du bien public et la liberté, on accuse les collectivités qui revendiquent ce bien de vouloir saper la liberté des propriétaires du capital. Paysans et tribus cherchent à récupérer leurs droits et leur accès aux ressources sont donc perçus comme des voleurs et des saboteurs.
Tout comme la prise de possession des territoires et de la terre par le passé, la prise de possession actuelle de la biodiversité et du savoir autochtone nécessite l'anéantissement de toute relation que les peuples autochtones pourraient entretenir avec la terre et la biodiversité. Toutes les cultures durables ont toujours, dans leur diversité, considéré la terre comme mère nourricière. La construction mentale coloniale de la passivité de la terre et, par conséquent, la création de la catégorie coloniale dite terra nullius, ou territoire sans maître. répondaient à deux objectifs: nier aussi bien l'existence des premiers habitants et de leurs droits antérieurs que la capacité régénératrice et le processus vital de la terre. En Australie, par exemple, la notion de terra nullius a été invoquée pour justifier l'appropriation de la terre et de ses ressources naturelles en déclarant inhabité l'ensemble du continent. Cette déclaration a permis aux colonisateurs de privatiser assez facilement le patrimoine naturel puisque, de leur point de vue, la terre n'avait de toute façon jamais appartenu à personne! En raison du concept «eurocentrique» de propriété, seul le capital investi constitue un investissement, et le revenu que celui-ci rapporte est le seul droit qui ait besoin d'être protégé. Pour les collectivités et les cultures autochtones et non occidentales, l'investissement peut aussi prendre la forme du travail, des soins apportés et du dévouement. Dans ces systèmes culturels, les droits à protéger vont au-delà des investissements en capital. La protection s'étend à la culture de la conservation et à celle des soins et du partage.
Il existe des différences majeures entre la propriété des ressources élaborée en Europe lors du mouvement des enclosures et à l'époque de la mainmise coloniale, et la « propriété » telle qu'elle a été pratiquée à travers l'histoire par les tribus et les agriculteurs au sein de sociétés diverses. La première est celle de la propriété privée, fondée sur le rendement de l'investis sèment en capital, c'est-à-dire le profit, tandis que la seconde se fonde sur l'usufruit, c'est-à-dire sur la notion du rendement du travail dont on peut j***r pour combler ses propres besoins et ceux de ses enfants, de sa famille et de sa collectivité L'usufruit est un droit qui peut être détenu par un particulier ou par une collectivité. Dans ce dernier cas, il est défini en tant que bien commun.
📍 Vandana Shiva, La vie n’est pas une marchandise, les dérives des droits de propriété intellectuelle, P 54-58.
la suite demain.