23/08/2025
Nous sommes cette génération qui ne reviendra pas.
Nous avons grandi avec des chaussures couvertes de poussière, des genoux écorchés et un cœur pressé.
Non pas pour regarder un écran,
mais pour finir le goûter et courir dehors — là où la seule chose importante était un ballon et quelques amis.
Nous étions ceux qui rentraient de l’école à pied.
Parlant fort ou rêvant en silence,
l’esprit déjà tourné vers le prochain jeu, la prochaine aventure,
entre un trou creusé dans le sable et un secret chuchoté derrière un coin de mur.
Un bâton pouvait devenir une épée.
Une flaque se transformait en océan à conquérir.
Nos trésors étaient des billes, des images à collectionner, des petits bateaux de papier.
Et le ciel, notre seule limite.
Nous n’avions pas de sauvegardes, seulement des souvenirs dans la mémoire et sur les pellicules photographiques.
Les photos se touchaient, se respiraient, se gardaient dans des tiroirs —
aux côtés de lettres écrites à la main,
de cartes postales des grands-parents,
et de dessins colorés que les parents conservaient comme des bijoux.
Nous appelions « maman » celle qui soignait nos fièvres.
Et « papa » celui qui nous apprenait à faire du vélo.
Il n’en fallait pas plus.
La nuit, sous les couvertures,
nous parlions à voix basse avec le frère dans le lit voisin,
riant de bêtises,
craignant qu’un adulte entende et éteigne ce petit monde de complicité.
Cette génération s’en va, peu à peu,
comme une photographie qui perd ses couleurs,
mais que personne ne veut jeter.
Nous nous éloignons en silence, emportant une valise invisible :
l’écho des rires dans la rue,
l’odeur du pain encore chaud,
des courses insensées,
et cette liberté qui ne connaissait pas les notifications.
Nous étions des enfants quand il était encore possible de l’être.
Et peut-être que c’est là notre plus grande fortune.