13/10/2023
Mon "grand frère" ferme ses portes.
3 ans avant ma naissance, mes parents eurent leur premier enfant : Le Stiff Café.
En 1991, je rencontre donc le Stiff. 32 ans plus t**d, je souhaite rendre hommage à cet écrin qui m'a vu grandir.
En effet, le Stiff fut véritablement le théâtre de mon enfance, de mon adolescence et du début de ma petite vie d'adulte.
Dans les années 90, le Stiff, c'était notre garderie d'avant & d'après école (Ferdinand-Buisson) avec Anne-Laure, on se rappellera : de nos chocolats viennois supplément chantilly, des KitKat qu’on avait le droit de prendre derrière le bar les grands jours, du trampoline sur les banquettes de l’étage ou encore de l’odeur de tabac froid du rideau rouge de la scène des Korrigans, qui scindait alors l’étage avant les travaux. C’était également notre rencontre avec les conversations de bistrots, qu’on a eu avant même de comprendre ce que c’est - l’art et la manière de parler de tout, avec n’importe qui. C'était également notre garderie du dimanche matin avec Anne-Laure, où on a eu la chance de grandir aux milieux de tout une panoplie de clients lunaires, dans le bon sens du terme, n'est-ce pas une évidence au pays de la Lune ? S’il ne fallait citer qu’une anecdote sur cette période, on pense aux parties de cache-cache le dimanche matin avec Toto qui n’allait, bien entendu, jamais chercher Anne-Laure, qui restait de longues demie-heures à attendre d’être trouvée - dans l’espoir de gagner un Kinder (“Oui, oui, je te cherche !”). Toto, qui restait au comptoir à raconter ses âneries, sans jamais aller chercher la petite Anne-Laure, frigorifiée dans les WC. Elle n’a pas eu l’air de garder de traumatisme, je vous rassure.
Ensuite il y a eu les années lycées avec les parties de billards en place du CDI (Suzy Levasseur et Romain Corre) et les déjeuners endiablées au diabolo barbe-à baba ou au jus de tomate (Charlotte Berquez et Margot Obispo), tout cela, servi avec l'indétrônable croc-baguette (le croc-baguette serait-il en passe de devenir aussi légendaire que le croque-monsieur de Madame Leclerc ?).
Le Stiff, c'est aussi mon premier job d'été vers 15 ans (oui, c'est légal), puis tous mes jobs d'été et mon job de week-end jusqu'à mes 21 ans. Des années de service particulièrement formatrices ! Malgré mon expatriation hors de la Bretagne, entre 20 et 30 ans, je n’ai pas vraiment lâché l’affaire, et j'ai eu quelques belles piqûres de rappel, (tout comme certaines serveuses qui sont parties… puis revenues ;). En effet, j'y ai de nouveau travaillé entre deux expériences professionnelles. Il m'a notamment re-accueilli en 2017 après mon retour de Dublin, puis, en 2019 et en 2020, juste avant cette étrange période du covid… Je serai presque nostalgique de me dire que je ne ferai plus le ménage après une soirée de folie à 2h du matin.
Bref, un établissement qui m'a vu grandir, un bar plein de vie, ouvert 7/7 comme le précise l'article du Télégramme. Un bar, ça ne vit pas sans les gens qui le peuplent. Alors, j'aimerais faire une liste non exhaustive de remerciements, à tous ces gens qui ont fait de ce lieu un endroit où les gens ont toujours eu plaisir à se retrouver.
Tout d’abord, un grand merci aux clients : aux habitués que je connais depuis toujours, aux jeunes (qui ne le sont plus maintenant et qui ont poncés le bar lors de leur vingtaine), aux clients de passage passionnants que j’ai pu croiser lors de l’attente de leur train, aux clients à l’humour “limite”, aux radoteurs, aux relous, mais qu’au final, on aime bien quand même, aux clients qui ont changé de vie ou de ville et qu’on ne voit plus, aux clients qui nous ont quittés, mais dont les âmes resteront à jamais gravées dans le souvenir du Stiff Café… Merci à vous tous pour la belle clientèle que vous avez été.
Merci à la centaine de serveuses et serveurs (certainement plus que ça…) ! Je ne pourrai pas tous les citer mais je vais me risquer à épingler quelques noms qui m’ont pas mal côtoyés ! En premier lieu, merci à ceux dont je ne me souviens guère, j’étais si petite que ma tête se cognait contre le tiroir de réception du marc de café. Merci aux premiers dont je me souviens : les Jean-Marie, Tony, Francis, Delphine et toute cette joyeuse bande. A toutes ces personnalités que j’ai connu en étant devant le comptoir, à leur raconter mes histoires d’adolescentes (mention spéciale à Karine et Marta). Évidemment, à ceux avec qui j’ai bossé derrière le comptoir, lors de la grande époque : Pauline, Cécile, Pierre ou encore Emilie ! Merci également aux derniers des Mohicans : Nico et la petite Pauline, qui ferment admirablement la marche.
Je veux aussi exprimer à ma mère toute ma gratitude pour son dévouement et les sacrifices durant ces 35 années. D'avoir su avoir épaulé mon père dans cette aventure de vie. On l'a connu derrière le bar pendant le premier tiers de vie du Stiff, mais elle a aussi fait le travail des coulisses durant ces 35 années, les petits détails qu'on ne voit pas mais qui sont essentiels à la vie du bar. Je pense, non exhaustivement, au réapprovisionnement en urgence de dernière minute, à l’assurance d’avoir des torchons toujours propres et bien pliés, en passant par le dernier coup de balai (car oui Nico, non, on aura jamais d’aspirateur !).
Évidemment, un grand bravo et merci à mon père qui m'a inculqué la valeur du travail, la valeur humaine et le sens client, c’est grâce à lui (et ma mère) si j’ai eu la chance et le plaisir d'évoluer autour de tant de personnes diverses et variées, de tous âges, de toutes professions, de toutes catégories sociales. Durant ces 35 années, il a accueilli tout le monde, sans jugement, avec une oreille toujours là, plus ou moins attentive, certes… mais là quand même. Mention spéciale pour le tri des déchets que tu as toujours réalisé avec la plus grande rigueur, on en a vidé des caisses de verres au dépôt (certainement pas un hasard si je travaille dans ce domaine aujourd’hui - Service Client dans la gestion “des déchets” - ne cherchez pas de jeu de mots, je parle bien des poubelles, what else ?…).
Bien entendu, je souhaite le meilleur et le succès aux repreneurs, sincèrement, je les suivrai de très près ;)
Enfin, une pensée évidemment également à mes grands-parents, qui seraient, je le pense, très fiers de voir le Stiff Café tirer le rideau après 35 ans de bons et loyaux services. Le Stiff café va pouvoir lui aussi prendre sa retraite, et sans aucun doute, tout comme les Korrigans, devenir : une Légende.
Mellie, la petite sœur du Stiff.