07/08/2026
Célébration de la Libération de Cancale – 6 août 1944
Discours de Monsieur Marcel Le Moal, Maire de Cancale
"Mesdames, Messieurs,
Mesdames et Messieurs les Anciens Combattants,
Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers habitants de Cancale,
Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer une date gravée à jamais dans l’histoire de notre commune.
Le 6 août 1944, il y a quatre-vingt-deux ans, Cancale retrouvait enfin sa liberté, après quatre longues années d’occupation.
Quatre années de privations, d’inquiétudes, d’humiliations, de peur et d’attente.
Quatre années durant lesquelles chaque famille espérait la fin de la guerre, le retour des siens et la renaissance de notre pays.
Les témoins de cette journée racontent qu’aux environs de 8h30, les premiers fantassins américains apparaissent dans les rues de Cancale. L’un d’eux, épuisé par les combats, s’effondre quelques instants à genoux. Ses camarades poursuivent leur progression avec prudence, maison après maison, jusqu’au cœur du bourg.
Puis arrivent les jeeps américaines, aux côtés des combattants français.
Très vite, la nouvelle se répand.
« Ils sont là ! Les libérateurs sont arrivés ! »
Les habitants sortent de leurs maisons.
Les embrassades succèdent aux larmes.
Les regards s’illuminent.
Les sourires renaissent.
Enfin…
La liberté.
Le drapeau tricolore est hissé au sommet du clocher de l’église, dominant celui de l’occupant n**i qui flottait depuis quatre longues années.
Ce drapeau est celui de la République retrouvée.
Celui de la dignité retrouvée.
Celui de l’espérance.
À cet instant, toute une population se remet à croire en l’avenir.
Les familles imaginent déjà le retour des prisonniers de guerre, celui des déportés que l’on espère encore retrouver vivants, le retour des marins des Forces françaises libres, des résistants et de tous ceux qui combattent encore pour rendre à la France son honneur.
Les enfants rêvent de retrouver leur père.
Les épouses espèrent revoir leur mari.
Les parents attendent le retour de leurs fils.
Notre pensée va également vers ces marins et ces soldats qui servaient déjà la France jusqu’aux confins de l’Extrême-Orient. Quelques mois plus t**d, beaucoup d’entre eux connaîtront le drame du coup de force japonais en Indochine, le 9 mars 1945.
Faits prisonniers, disparus ou morts loin de leur patrie, ils resteront dans notre mémoire comme ces « oubliés du bout du monde », auxquels la Nation doit aujourd’hui encore reconnaissance et fidélité.
En ce matin de la Libération, chacun pense que les heures les plus sombres sont désormais derrière lui.
La guerre semble toucher à sa fin.
La paix paraît enfin possible.
Mais le destin allait en décider autrement.
Le débarquement de Normandie avait eu lieu deux mois auparavant.
Malgré les recommandations des soldats américains invitant la population à regagner son domicile, chacun souhaite vivre cet instant historique.
Les rues sont noires de monde.
Les familles sont réunies.
Les enfants jouent.
Les cloches sonnent.
Il est un peu plus de 10h30.
Puis…
Le silence est déchiré.
Des sifflements.
Une première explosion.
Puis une deuxième.
Puis d’autres encore.
Les obus allemands s’abattent brutalement sur le cœur de Cancale.
En quelques secondes, la joie laisse place à l’effroi.
Les cris remplacent les rires.
Les familles se cherchent.
Les blessés appellent au secours.
La fumée envahit les rues.
La poussière recouvre les pavés.
Entre la rue du Port, la rue de Dinan et la place de la Victoire, des hommes, des femmes et des enfants tombent.
Des familles entières sont frappées.
La fête devient un cauchemar.
La Libération devient tragédie.
En quelques instants, plus d’une centaine de personnes sont blessées.
Trente-quatre Cancalaises et Cancalais perdent la vie.
Trente-quatre destins brisés.
Trente-quatre familles plongées dans un deuil immense.
Derrière chacun de ces noms, il y avait un visage.
Une histoire.
Un métier.
Une famille.
Des rêves.
Une vie.
Les années passent.
Les témoins disparaissent peu à peu.
Mais la mémoire demeure.
Car la mémoire est un devoir.
Elle est le plus bel hommage que nous puissions rendre à celles et ceux qui nous ont précédés.
Aujourd’hui encore, certaines familles portent cette blessure dans leur cœur.
Le temps apaise parfois la souffrance.
Il n’efface jamais l’absence.
C’est pourquoi nous sommes réunis devant cette plaque.
Devant ces gerbes.
Pour dire que nous n’oublions pas.
Pour transmettre cette mémoire aux jeunes générations.
Pour rappeler que la liberté n’est jamais acquise.
Qu’elle s’est construite par le courage des combattants, le sacrifice des résistants et le sang versé par des innocents.
Être fidèle à leur mémoire, c’est aussi défendre aujourd’hui les valeurs qui les animaient : la liberté, la paix, la fraternité, le respect de la dignité humaine et l’attachement indéfectible à la République.
Dans quelques instants, nous allons prononcer leurs noms.
Car un être n’est jamais totalement disparu tant que son nom continue d’être porté par la mémoire des vivants.
Je vais demander à une famille particulièrement touchée par cette tragédie de bien vouloir venir énoncer ces noms.
Je vous invite ensuite à observer un profond moment de silence.
Que ce silence soit celui du respect.
Celui de la reconnaissance.
Celui de la transmission.
Et que le souvenir de ces femmes, de ces hommes et de ces enfants demeure à jamais gravé dans la mémoire de Cancale, dans celle de la République française et dans le cœur de chacun d’entre nous.
Vive la mémoire de celles et ceux qui sont tombés pour notre liberté.
Vive Cancale.
Vive la République.
Vive la France."
Souvenons-nous, comme les années passées, de ces hommes, femmes, enfants, qui perdirent la vie en ces tragiques circonstances :
Ernest ALLAIN 49 ans
Renée ALLAIN 23 ans, sa fille
Emile CADIOU 60 ans
France MIETTE 23 ans, sa fille
Jean MIETTE 31 ans, son gendre
François DENIS 35 ans
Marie-France DENIS 6 ans, sa fille
Constant FOUCHE 58 ans
Francette AMELINE 9 ans, sa petite fille
François JUGAULT 26 ans
François NOUVEL 31 ans, beaux-frères
René BRUNET 22 ans
Jules COLOMBEL 35 ans
Eugène GILLET 23 ans
Louis JAMET 19 ans
Ange LECORNET 60 ans
Eugène LESCORNET 54 ans
Joseph LEBOIS 45 ans
Raoult MASSON 28 ans
Georges PELLERIN 31 ans
Louis ROUSSEL 54 ans
Ammar CHEBILA dit CHEBILI 43 ans
Elise GAURON née BERTRE 31 ans
Marie PITEL née MILON 43 ans
François MAUVIEL née HUET 24 ans
Roger JOSSE 13 ans
Maurice LEMONNIER 16 ans
Jean MESSAGER 15 ans
Annick AUBERT 4 ans
Jeannine COUAPEL 15 ans
Hélène COLOMBIER 14 ans
Paulette CLAIRET 15 ans
Berthe LEFEVRE 17 ans
Marie-Françoise ROBIN 4 ans