10/08/2026
« J’adore l’eau. Dans 20/30 ans, y’en aura plus ! » disait Jean-Claude Van Damme en 2010, provoquant à l’époque l’hilarité générale d’une civilisation qui venait manifestement de recevoir une prophétie apocalyptique sans la prendre au sérieux.
Seize ans plus t**d, et si Jean-Claude Van Damme était simplement beaucoup trop en avance sur son temps ?
Car pendant que nous passions quinze ans à ressortir la séquence pour nous moquer de lui, l’humanité s’est appliquée avec une remarquable discipline à niquer la planète. Réchauffement climatique, sécheresses, nappes surexploitées, agriculture intensive… et désormais, l’intelligence artificielle : absolument tout le monde semble vouloir participer au challenge « Finir la flotte avant 2040 ».
Dernière candidate particulièrement motivée : l’IA.
Une étude publiée en 2026 dans Water Research estime que l’empreinte hydrique mondiale de l’IA devrait atteindre 4,2 à 6,6 milliards de mètres cubes d’eau potable par an dès 2027. Cela représente 4 200 à 6 600 milliards de litres. Soit environ 2,6 millions de piscines olympiques par an.
Autrement dit, pendant que votre grand-mère ferme soigneusement le robinet lorsqu’elle se brosse les dents afin d’économiser douze centilitres, quelque part un hangar rempli de GPU est en train de demander :
« Dessine-moi Emmanuel Macron en chevalier Jedi mangeant une raclette avec un capybara » PAF ! 2,6 millions de piscines dans les dents.
Obtenir en quatre secondes une photographie du pape faisant du skateboard avec Pikachu avait apparemment un prix que personne n’avait pensé à demander.
Pendant ce temps, les projections mondiales deviennent elles aussi étrangement compatibles avec les Saintes Écritures du Bruxellois. L’ONU avertissait déjà que, si les tendances se poursuivaient, la demande mondiale en eau pourrait dépasser les ressources disponibles de 40 % en 2030, et que près de la moitié de la population mondiale pourrait alors subir un stress hydrique sévère.
Soit exactement 20 ans après la prophétie.
Plusieurs climatologues auraient depuis demandé à réexaminer l’intégralité des interviews de Jean-Claude Van Damme, au cas où les solutions au dérèglement climatique seraient cachées entre « be aware », « un biscuit n’a pas de spirit » et une explication de quatre minutes sur le fait qu’une noisette peut devenir un arbre.
Une cellule spéciale du GIEC aurait ainsi été créée pour déterminer si « 1 + 1 = 11 » ne constituait pas en réalité une méthode révolutionnaire de multiplication des ressources naturelles que nous avions sottement prise pour une connerie.
Nous avons donc passé seize années à rire d’un homme qui disait maladroitement quelque chose d’assez juste, avant d’investir des centaines de milliards pour créer des machines capables de nous l’expliquer beaucoup plus concrètement : si on continue comme ça, on va crever.
Interrogé sur cette spectaculaire réhabilitation scientifique, l’acteur aurait simplement fixé l’horizon avant de murmurer :
« L’eau, tu vois, elle est liquide parce qu’elle coule. Mais quand elle coule plus… elle est plus liquide puisqu’elle est plus là. Et ça, les gens ils comprennent pas parce qu’ils regardent l’eau dans magasin avec leurs yeux au lieu de l’écouter avec leur coeur. » Avant de repartir en grand écart entre deux barrages hydroélectriques.
Nous présentons officiellement nos excuses à Jean-Claude Van Damme. Le dinguo, depuis le début, c’était l’humanité.