01/08/2026
🎤 𝗣𝗢𝗥𝗧𝗥𝗔𝗜𝗧 𝗣𝗥𝗘𝗠𝗜𝗨𝗠 | 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘 🇫🇷
𝗩𝗜𝗡𝗚𝗧 𝗔𝗡𝗦 𝗗𝗘 𝗦𝗖𝗥𝗔𝗕𝗕𝗟𝗘. 𝗨𝗡 𝗥Ê𝗩𝗘. 𝗨𝗡 𝗧𝗜𝗧𝗥𝗘.
Le chronomètre continue de défiler.
Dans la salle de jeu de Tunis, personne n'ose encore célébrer quoi que ce soit.
À quelques tables de lui, un adversaire s'effondre sur sa chaise.
𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘 comprend immédiatement qu'un basculement vient peut-être d'avoir lieu.
Mais il ne lève pas la tête plus longtemps.
Il reste concentré.
Depuis vingt ans, il sait qu'un Champion du monde ne gagne jamais une partie en regardant celle des autres.
Quelques minutes plus t**d, le verdict tombe.
Le petit garçon qui avait découvert le Scrabble à dix ans vient de réaliser le rêve qui l'accompagnait depuis toujours.
Il est Champion du monde Élite.
Le plus beau trophée de sa carrière.
Celui qu'il rêvait de soulever lorsqu'il était enfant.
Mais cette victoire n'est pas née en une semaine.
Elle est le fruit de vingt années d'obstination.
Vingt années durant lesquelles un jeune Lyonnais a refusé d'abandonner malgré les échecs, les frustrations et les doutes.
𝗟𝗬𝗢𝗡, 𝗟𝗔 𝗩𝗜𝗟𝗟𝗘 𝗢Ù 𝗧𝗢𝗨𝗧 𝗔 𝗖𝗢𝗠𝗠𝗘𝗡𝗖É
« Je viens de la plus belle ville du monde : Lyon ! »
À 30 ans, 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘 est professeur d'EPS.
Le sport fait partie de sa vie depuis toujours.
Handball au niveau national.
Course à pied.
Sports de raquette.
Pour lui, toutes ces disciplines ont construit quelque chose d'invisible mais de fondamental : le mental.
Cette capacité à ne jamais renoncer.
À continuer quand les autres s'arrêtent.
Cette rage de vaincre, qu'il considère aujourd'hui comme sa plus grande qualité à la table, ne vient pas du Scrabble.
Elle vient du sport.
𝗗𝗘𝗦 É𝗖𝗛𝗘𝗖𝗦 𝗔𝗨 𝗦𝗖𝗥𝗔𝗕𝗕𝗟𝗘
Le premier jeu de sa vie n'est pourtant pas le Scrabble.
Son père l'initie très tôt... aux échecs.
À un an et demi, il sait déjà déplacer les pièces.
Mais quelques années plus t**d, il s'en éloigne.
L'ambiance ne lui plaît pas.
À la maison, en revanche, le Scrabble classique réunit régulièrement la famille.
Puis survient un événement qui changera définitivement son destin.
En 2006, son père rejoint un club de Scrabble duplicate à Lyon.
Gaston l'accompagne.
Il n'a que dix ans.
Une seule séance suffit.
Il est conquis.
L'année suivante, il dispute déjà ses premières compétitions.
𝗟𝗘 𝗧𝗔𝗟𝗘𝗡𝗧 𝗡𝗘 𝗦𝗨𝗙𝗙𝗜𝗧 𝗣𝗔𝗦
Contrairement à ce que beaucoup imaginent aujourd'hui, Gaston n'était pas le jeune le plus doué de sa génération.
Il le dit lui-même.
Sa différence, ce n'était pas un talent hors norme.
C'était sa capacité à travailler sans relâche.
Après les entraînements, il ouvre ses listes.
Les uniques.
Puis les binômes.
Puis les trinômes.
Il veut tout connaître.
Jusqu'aux mots de huit lettres.
Lorsqu'il atteint ensuite la Super Série, il ne s'arrête pas là.
Il décide d'apprendre également les mots de neuf lettres.
Parce qu'à ses yeux, chaque mot appris est une chance de moins de perdre un championnat.
Il admire alors des joueurs comme 𝗡'𝗗𝗢𝗡𝗚𝗢, 𝗟𝗔𝗖𝗛𝗔𝗨𝗗 ou 𝗖𝗛𝗥𝗜𝗦𝗧𝗜𝗔𝗡 𝗣𝗜𝗘𝗥𝗥𝗘, capables de rater très peu de scrabbles tout en restant constamment parmi les meilleurs.
C'est ce modèle qu'il veut suivre.
𝗟𝗔 𝗗É𝗙𝗔𝗜𝗧𝗘 𝗤𝗨𝗜 𝗔 𝗧𝗢𝗨𝗧 𝗖𝗛𝗔𝗡𝗚É
En 2010, à Montpellier, il remporte son premier titre mondial en Blitz chez les cadets.
Un souvenir immense.
Il y bat déjà près d'un tiers des joueurs de Série 1.
Mais deux ans plus t**d, le choc est brutal.
Aux Championnats du monde juniors, il termine quatrième du Blitz.
Puis quatrième de l'Élite.
La déception est immense.
Au lieu de subir cet échec, il décide de transformer sa frustration en méthode de travail.
Encore plus de vocabulaire.
Encore plus de rigueur.
Encore plus d'entraînement.
Trois ans plus t**d, à seulement dix-neuf ans, il intègre la Super Série.
Ce n'est pourtant qu'une étape.
Car les plus grandes victoires de 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘 naîtront toujours de ses plus grandes déceptions.
Et les plus douloureuses étaient encore devant lui...
Il existe une phrase que 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘 répète presque comme une devise.
« On perd beaucoup plus qu'on ne gagne. Et c'est grâce aux échecs que l'on progresse. »
Toute sa carrière tient dans cette conviction.
𝗟𝗘𝗦 É𝗖𝗛𝗘𝗖𝗦 𝗢𝗡𝗧 𝗙𝗔𝗜𝗧 𝗟𝗘 𝗖𝗛𝗔𝗠𝗣𝗜𝗢𝗡
Pour beaucoup de champions, les plus beaux souvenirs sont les victoires.
Pour Gaston, ce sont souvent les défaites.
Il suffit de prononcer quelques mots pour raviver des souvenirs.
𝗘𝗠𝗕𝗥𝗢𝗡𝗖𝗛𝗔.
𝗩𝗜𝗩𝗢𝗜𝗥.
𝗧𝗜𝗡𝗧𝗢𝗨𝗜𝗡.
𝗦𝗢𝗣𝗛𝗢𝗥𝗔𝗦.
𝗖𝗨𝗣𝗘𝗦𝗦𝗘𝗦.
Chaque mot raconte une blessure.
Chaque blessure raconte un progrès.
En 2019, il refuse EMBRONCHA.
En 2022, TINTOUIN lui coûte le titre Élite.
En 2023, VIVOIR s'envole... et avec lui le Championnat du monde Élite.
À Cannes, SOPHORAS le prive d'une Coupe.
Plus récemment encore, CUPESSES lui échappe à Aix-les-Bains.
À chaque fois, la douleur est immense.
Mais jamais définitive.
Au contraire.
Chaque erreur devient un nouveau chapitre de son entraînement.
𝗟𝗘 𝗧𝗥𝗔𝗩𝗔𝗜𝗟 𝗖𝗢𝗠𝗠𝗘 𝗣𝗛𝗜𝗟𝗢𝗦𝗢𝗣𝗛𝗜𝗘
Gaston ne croit pas au génie tombé du ciel.
Il croit au travail.
À la répétition.
À la rigueur.
À la patience.
Selon lui, son parcours repose sur quatre piliers.
Un travail quotidien du vocabulaire.
Une immense envie de gagner.
Une mentalité forgée par le sport.
Et, reconnaît-il avec humilité, une part de réussite.
C'est cette combinaison qui lui permet aujourd'hui d'afficher un palmarès impressionnant.
26 titres de Champion de France.
12 titres de Champion du monde.
Trois chez les cadets.
Trois chez les juniors.
Quatre chez les espoirs.
Deux chez les seniors.
Pourtant, lorsqu'on lui demande quels titres comptent le plus, il cite immédiatement son premier titre mondial Blitz à Montpellier en 2010, celui de 2023, puis surtout ce sacre Élite obtenu à Tunis.
Pour lui, ces deux derniers représentent l'aboutissement de vingt années de Scrabble.
𝗤𝗨𝗔𝗡𝗗 𝗟𝗔 𝗩𝗜𝗘 𝗥𝗔𝗧𝗧𝗥𝗔𝗣𝗘 𝗟𝗘 𝗦𝗣𝗢𝗥𝗧
Puis arrive une parenthèse inattendue.
Pendant près de deux ans, Gaston met le Scrabble de côté.
Non pas parce qu'il n'aime plus ce jeu.
Mais parce qu'un autre rêve l'appelle.
Faire le tour du monde.
Il parcourt plusieurs continents.
Découvre de nouvelles cultures.
S'émerveille devant la diversité de notre planète.
Une aventure qu'il considère encore aujourd'hui comme l'une des plus belles de sa vie.
Mais lorsqu'il revient, il retrouve aussi une réalité plus difficile.
Son niveau a baissé.
Il souffre de ne plus être celui qu'il était.
À plusieurs reprises, il pense sérieusement arrêter.
Non pas parce qu'il a perdu l'amour du Scrabble.
Au contraire.
Parce qu'il aime avant tout...
La compétition.
Il le reconnaît avec beaucoup de sincérité.
« Beaucoup sont plus passionnés du jeu que moi. Moi, c'est vraiment l'aspect compétition qui m'attire le plus. »
Cette confession explique beaucoup de choses.
Elle explique son exigence.
Ses colères.
Ses remises en question.
Son obsession de progresser.
𝗟𝗘 𝗥𝗘𝗧𝗢𝗨𝗥 𝗗𝗨 𝗖𝗢𝗠𝗣É𝗧𝗜𝗧𝗘𝗨𝗥
Au lieu de renoncer, Gaston repart au travail.
Encore.
Toujours.
Il retrouve progressivement le très haut niveau.
Il recommence à gagner.
Mais une fois le titre Élite décroché, il refuse déjà de parler de fin.
Deux grands défis continuent de l'animer.
Remporter un Championnat du monde en paires.
Puis offrir à son pays un Championnat d'Europe par équipes.
Car chez 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘, une victoire n'est jamais une ligne d'arrivée.
C'est seulement le point de départ d'un nouvel objectif.
Et si le champion impressionne par son palmarès, l'homme fascine tout autant par la liberté avec laquelle il défend ses idées sur l'avenir du Scrabble...
À force de parcourir les plus grandes compétitions de la planète, 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘 ne s'est pas seulement construit un palmarès.
Il s'est aussi forgé des convictions.
Et sur certains sujets, le Champion du monde n'a pas peur d'aller à contre-courant.
𝗗𝗨𝗣𝗟𝗜𝗖𝗔𝗧𝗘 𝗢𝗨 𝗖𝗟𝗔𝗦𝗦𝗜𝗤𝗨𝗘 ? 𝗜𝗟 𝗔 𝗖𝗛𝗢𝗜𝗦𝗜 𝗦𝗢𝗡 𝗖𝗔𝗠𝗣
Il a disputé quelques compétitions en classique.
Avec réussite.
Il sourit même en rappelant qu'il affiche un bilan de 3 victoires à 0 contre 𝗔𝗕𝗜𝗕 𝗔𝗟𝗔𝗕𝗜 et 2 victoires à 0 contre 𝗙𝗔𝗕𝗜𝗘𝗡 𝗗𝗢𝗨𝗧É, l'actuel numéro un mondial de la discipline.
Mais pour lui, le duplicate reste la forme la plus exigeante.
La plus juste.
« J'aime la vérité du Scrabble duplicate. »
Il avoue ne pas supporter de perdre contre un joueur qui a raté davantage de scrabbles simplement parce que le tirage lui a été favorable.
Cela ne l'empêche pourtant pas d'être un passionné des Championnats du monde classiques.
Au contraire.
Il adore les suivre parce qu'ils offrent davantage de prétendants au titre suprême.
Et selon lui, le classique récompense aussi ceux qui accumulent énormément de volume de jeu.
Il reconnaît cependant que l'arrivée de 𝗡𝗜𝗚𝗘𝗟 𝗥𝗜𝗖𝗛𝗔𝗥𝗗𝗦 a profondément changé les équilibres entre les deux variantes.
𝗗𝗘𝗥𝗥𝗜È𝗥𝗘 𝗠𝗢𝗜... É𝗩𝗜𝗗𝗘𝗠𝗠𝗘𝗡𝗧 😄
Lorsque vient le moment de citer les meilleurs joueurs du monde, Gaston ne résiste pas à une pointe d'humour.
« Derrière moi évidemment... »
Puis il déroule son classement.
𝗡𝗜𝗚𝗘𝗟 𝗥𝗜𝗖𝗛𝗔𝗥𝗗𝗦.
𝗙𝗥𝗔𝗡𝗖𝗜𝗦.
𝗔𝗡𝗧𝗢𝗡𝗜𝗡 𝗠𝗜𝗖𝗛𝗘𝗟.
𝗦𝗔𝗠𝗦𝗢𝗡 𝗧𝗘𝗦𝗦𝗜𝗘𝗥.
𝗚𝗔𝗨𝗧𝗛𝗜𝗘𝗥 𝗛𝗢𝗨𝗜𝗟𝗟𝗢𝗡.
Mais il précise aussitôt qu'un classement reste très relatif.
Tout dépend des parties.
De la forme.
Du contexte.
Parmi tous ces champions, celui qu'il admire le plus reste 𝗔𝗡𝗧𝗢𝗡𝗜𝗡 𝗠𝗜𝗖𝗛𝗘𝗟.
Il salue un palmarès qu'il juge incomparable, une rage de gagner exceptionnelle et une capacité à se battre jusqu'au dernier coup, même lorsqu'il semble distancé.
Quant à 𝗡𝗜𝗚𝗘𝗟 𝗥𝗜𝗖𝗛𝗔𝗥𝗗𝗦, il le considère comme un joueur totalement hors norme.
Tellement fort qu'il enlève parfois une partie du suspense des Championnats du monde.
Il l'avoue même avec franchise :
« J'avoue préférer quand il est absent. »
𝗟𝗘 𝗣𝗟𝗨𝗦 𝗔𝗙𝗥𝗜𝗖𝗔𝗜𝗡 𝗗𝗘𝗦 𝗕𝗟𝗔𝗡𝗖𝗦
Lorsqu'il parle de l'Afrique, le ton change.
On sent une véritable affection.
Son Top 5 africain est composé de 𝗞𝗝𝗖, 𝗡'𝗗𝗢𝗡𝗚𝗢, 𝗠𝗔𝗖𝗧𝗔𝗥 𝗦𝗬𝗟𝗟𝗔 et 𝗭𝗜𝗡𝗚𝗕𝗘.
Puis il ajoute, en éclatant de rire :
« ...et sûrement moi, puisque je suis le plus Africain des Blancs ! »
La plaisanterie cache une réelle admiration.
Pour lui, les fédérations africaines montrent aujourd'hui l'exemple.
Elles accompagnent leurs champions.
Les mettent dans les meilleures conditions.
Les célèbrent lorsqu'ils gagnent.
Il rappelle qu'après la domination des frères 𝗦𝗬𝗟𝗟𝗔, une nouvelle génération de joueurs de classe mondiale est apparue avec 𝗠𝗨𝗟𝗢𝗡𝗗𝗔, 𝗞𝗝𝗖, 𝗭𝗜𝗡𝗚𝗕𝗘 et bien d'autres.
À ses yeux, ce n'est plus qu'une question de temps avant que cette dynamique se traduise par encore davantage de titres mondiaux.
𝗟𝗘 𝗦𝗖𝗥𝗔𝗕𝗕𝗟𝗘 𝗗𝗘𝗩𝗥𝗔 𝗖𝗛𝗔𝗡𝗚𝗘𝗥
Sur l'avenir de la discipline, Gaston tient un discours très engagé.
Il regrette que le Scrabble évolue finalement assez peu depuis ses débuts, malgré quelques tentatives comme l'E-Scrabble.
En revanche, le niveau des meilleurs joueurs n'a jamais été aussi élevé grâce aux nouveaux outils d'entraînement.
Les jeunes progressent plus vite.
Mais ils sont aussi beaucoup plus sollicités qu'autrefois.
Selon lui, la priorité reste pourtant ailleurs.
Il faut professionnaliser les meilleurs joueurs.
Il imagine sans difficulté une élite capable de vivre dignement de son sport, avec une rémunération d'environ 2 000 euros par mois.
Il regrette que la Fédération française réduise progressivement les aides destinées aux meilleurs joueurs, quand les fédérations africaines font souvent exactement l'inverse.
Pour lui, il est incompréhensible que des champions comme 𝗦𝗔𝗠𝗦𝗢𝗡 𝗧𝗘𝗦𝗦𝗜𝗘𝗥 ou 𝗔𝗡𝗧𝗢𝗡𝗜𝗡 𝗠𝗜𝗖𝗛𝗘𝗟 ne soient pas entièrement pris en charge pour représenter leur pays.
Il appelle également les fédérations à obtenir une véritable reconnaissance auprès des ministères des Sports afin d'attirer davantage de sponsors.
Parce qu'il en est convaincu.
Ce sont les grands champions qui donnent envie aux plus jeunes de rêver.
Et quelques heures après avoir tenu ce discours, l'un de ces rêves allait justement devenir réalité…
Puis revient ce dernier après-midi de juillet à Tunis.
Celui où vingt années de travail tiennent dans quelques coups.
Les parties de ce Championnat du monde sont particulièrement difficiles.
Les pièges se succèdent.
Les coups techniques aussi.
Exactement le terrain de jeu que préfère 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘.
Il ne toppe pas forcément davantage que ses rivaux.
En revanche, il concède très peu de points.
Partie après partie, il reste solidement installé à la deuxième place.
Puis arrive cette dernière manche.
Il aperçoit 𝗙𝗔𝗕𝗜𝗘𝗡 𝗟𝗘𝗥𝗢𝗬 s'affaisser sur sa chaise.
Il comprend immédiatement qu'il vient de prendre un zéro.
Il pense au mot 𝗘𝗡𝗥𝗢𝗖𝗛𝗔𝗚𝗘, mais refuse de laisser son esprit s'éparpiller.
Son nouvel adversaire devient 𝗚𝗔𝗨𝗧𝗛𝗜𝗘𝗥 𝗛𝗢𝗨𝗜𝗟𝗟𝗢𝗡, situé à seulement huit points derrière lui avant cette ultime partie.
Un peu plus t**d, il hésite sur 𝗗É𝗕𝗥𝗢𝗖𝗛𝗔𝗚𝗘.
Le mot lui paraît bon.
Mais pourquoi risquer un titre mondial pour un seul point ?
Il joue la sécurité.
La fin de partie est parfaitement maîtrisée.
Il termine à -1.
Cette fois, c'est terminé.
Vingt années après avoir poussé la porte d'un club lyonnais pour la première fois, 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘 devient enfin Champion du monde Élite.
Une joie immense.
Une fierté indescriptible.
Une nuit entière de célébration avec ses amis et son club de 𝗕𝗢𝗨𝗚𝗜𝗩𝗔𝗟.
Le rêve du petit garçon de Lyon est devenu réalité.
𝗟'𝗛𝗢𝗠𝗠𝗘 𝗗𝗘𝗥𝗥𝗜È𝗥𝗘 𝗟𝗘 𝗖𝗛𝗔𝗠𝗣𝗜𝗢𝗡
Le Scrabble n'est pourtant pas toute sa vie.
Il aime voyager.
Découvrir.
Comprendre le monde.
Son tour du monde lui a offert bien plus que des paysages extraordinaires.
En Australie, il a rencontré celle qui partage aujourd'hui sa vie.
Un bonheur qu'il évoque avec la même simplicité que ses victoires.
Le Scrabble, dit-il, lui a apporté « une élévation de l'esprit ».
Ses proches parlent d'un homme profondément sociable.
Lui reconnaît volontiers que sa très grande confiance en lui constitue parfois son principal défaut... mais aussi l'une de ses plus grandes forces.
Son point faible ?
Il éclate de rire avant de répondre.
Faire la fête avec les amis pendant les tournois.
Son mot préféré est 𝗞É𝗟É𝗧𝗖𝗛É, même s'il n'est pas valable au Scrabble.
Sa lettre préférée ?
Le joker.
Son joueur préféré de tous les temps ?
Avec son humour habituel, il répond simplement :
« Moi. »
Il adore les Championnats du monde.
Ses plus beaux souvenirs restent ses années chez les jeunes et les espoirs.
Sa plus grande frustration ?
Prendre un Scrabble.
Aujourd'hui encore, il rêve de jouer à Tahiti, mais aussi de découvrir le Scrabble anglophone dans de nouveaux horizons.
𝗨𝗡 𝗛É𝗥𝗜𝗧𝗔𝗚𝗘 À 𝗟𝗔𝗜𝗦𝗦𝗘𝗥
S'il ne devait transmettre qu'un seul conseil aux jeunes joueurs, ce serait celui-ci :
« Sois patient si tu veux gagner, car au Scrabble, cela n'arrive pas forcément quand on le mérite le plus ou quand on se sent le plus prêt. »
Il n'oublie pas non plus celui qui l'a inspiré durant toute son enfance.
Son titre mondial, il le dédie à 𝗦𝗧𝗘𝗩𝗘 𝗖𝗔𝗨𝗦𝗦𝗘, qu'il décrit comme celui qui lui a donné envie de devenir une meilleure version de lui-même.
Puis, fidèle à lui-même, il adresse un dernier clin d'œil :
« Continuez de suivre le petit 𝗪𝗔𝗡𝗡É 𝗕𝗔𝗡𝗚𝗔𝗡𝗗𝗢. Son histoire au Scrabble ne fait que débuter. »
Et lorsqu'on lui demande ce qu'il aimerait que l'on dise de lui dans cinquante ans, il ne parle ni de records ni de trophées.
Il répond simplement :
« J'aimerais que l'on se souvienne de moi comme d'un gars qui a rendu le Scrabble moins monotone, plus vivant, plus sportif et chambreur. Un exemple pour les jeunes. »
Au fond, c'est peut-être cela qui définit le mieux 𝗚𝗔𝗦𝗧𝗢𝗡 𝗝𝗘𝗔𝗡-𝗕𝗔𝗣𝗧𝗜𝗦𝗧𝗘.
Un immense champion, évidemment.
Mais surtout un compétiteur qui a bâti son destin avec du travail, de la patience, une volonté de fer... et cette certitude que les plus grandes victoires naissent souvent des plus grandes blessures.
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✍️ 𝗭𝗮𝘇𝗮 𝗹𝗲 𝗝𝗮𝗵
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