08/24/2026
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LE PAYSAN ET LA CHOUETTE.
On raconte qu’un jour vivait un paysan très travailleur qui avait l’habitude d’observer une chouette voler au-dessus de ses champs à l’approche du soir. La chouette fendait silencieusement les airs, tandis que le paysan travaillait sans relâche, laissant la sueur couler lentement sur son front.
Un jour, la chouette se posa sur un rocher, non loin de lui. Intrigué, le paysan s’approcha prudemment et s’assit à quelques pas pour mieux l’observer. Il la trouva magnifique.
— Quelle belle chouette ! s’exclama-t-il.
L’oiseau tourna doucement la tête vers lui, comme s’il avait compris son compliment.
À partir de ce jour, une étrange mais profonde amitié se noua entre la chouette et le paysan. Chaque fois qu’il en attrapait dans son champ, il lui apportait quelques souris. En retour, la chouette l’attendait souvent au même endroit et restait près de lui pendant qu’il travaillait.
Cependant, des rumeurs commencèrent bientôt à circuler dans les environs. Certains habitants prétendaient que le paysan avait une sorcière pour compagne. Tous désignaient la chouette, qu’ils considéraient comme un être maléfique que le paysan gardait auprès de lui pour attirer de bonnes récoltes.
Peu à peu, le paysan perdit plusieurs de ses amis. Les gens commencèrent à avoir peur de lui et, lorsqu’ils l’apercevaient le soir en compagnie de la chouette, ils préféraient s’éloigner.
— Les chouettes sont des sorcières ! répétaient-ils.
Pourtant, le paysan ne changea pas ses habitudes. Il continua à travailler sa terre avec courage. La chouette, qui volait aux alentours, était devenue sa seule véritable compagnie. Elle l’observait depuis les rochers ou les branches des arbres, comme si elle cherchait à lui transmettre un message. Son doux hululement accompagnait souvent les longues journées de travail du paysan, qui aimait entendre ce chant.
Un après-midi, le paysan se rendit au marché pour vendre quelques fruits de sa récolte. À peine fut-il arrivé que plusieurs personnes le reconnurent et se mirent à crier :
— Ne vous approchez pas de lui ! C’est le maître de la sorcière !
Le paysan, blessé par ces paroles, préféra se cacher derrière les bâches d’un étal. De là, il observa silencieusement ce qui se passait autour de lui.
Soudain, il vit un homme faire tomber un billet sans s’en apercevoir. Une autre personne marcha dessus, puis le ramassa discrètement avant de le glisser dans sa poche.
Un peu plus loin, le paysan aperçut deux femmes qui discutaient ensemble. Alors que l’une d’elles se retourna, l’autre lui tira la langue dans son dos pour se moquer d’elle.
En regardant ailleurs, il assista à une autre scène. Un marchand fit tomber un panier rempli de marchandises au milieu du marché. Les produits se répandirent sur le sol, mais au lieu de lui venir en aide, les passants continuèrent leur chemin comme si de rien n’était.
Le paysan resta silencieux un long moment. Il avait désormais suffisamment observé.
Il comprit alors que ceux qui le jugeaient au nom de prétendues bonnes valeurs n’étaient pas toujours aussi irréprochables qu’ils le prétendaient.
Il décida donc de quitter le marché et de rentrer chez lui.
Le soir était déjà tombé lorsqu’il arriva à l’endroit où la chouette avait l’habitude de l’attendre. Mais, cette fois, elle n’était pas là.
Le paysan s’assit et patienta quelques instants.
Puis, au loin, il aperçut la chouette qui volait silencieusement dans sa direction. Elle se posa près de lui et poussa son doux hululement habituel.
Le paysan la regarda longuement. Dans ses yeux, il ne vit ni malice ni méchanceté, mais seulement une créature innocente qui lui était restée fidèle malgré les rumeurs.
Il soupira, puis lui dit :
— Nous vivons parfois dans un monde où les principes et les valeurs semblent avoir perdu leur importance. Un monde où certains n’hésitent pas à voler ce qui ne leur appartient pas, tout en condamnant les autres. Un monde où l’hypocrisie règne : on te sourit en face, mais dès que tu as le dos tourné, on se moque de toi. Un monde où l’on manque parfois tellement d’empathie que l’on préfère regarder quelqu’un souffrir plutôt que de lui tendre la main.
Il caressa doucement la tête de la chouette avant d’ajouter :
— Et pourtant, c’est toi qu’ils traitent de sorcière. Quelle étrange façon de juger les autres ! Peut-être devraient-ils commencer par regarder leurs propres actes avant de condamner ceux qui ne leur ressemblent pas.
La chouette resta silencieuse, posée près de lui.
À partir de ce jour, le paysan continua de rester son ami, sans plus se soucier de ce que les autres pouvaient penser ou raconter.
Il avait compris une chose essentielle : ce n’est pas l’opinion des autres qui révèle notre valeur, mais la manière dont nous nous comportons lorsque personne ne nous regarde.
Morale:
Ne jugez jamais quelqu’un uniquement sur les rumeurs que vous entendez à son sujet. Avant de condamner les autres, prenez le temps d’observer vos propres actes. Car il est facile de dénoncer les défauts d’autrui, mais il faut du courage pour reconnaître les siens.