02/22/2026
Voici un passage de mon autofiction, Le ciel au fond des poubelles/Tout est fait exprès pour l'amour qui sortita le 1er avril.
C'est un moment où je me libère du poids trop lourd que je porte, en lien avec la maladie mentale de ma mère
"Les souliers magiques
Assise dans la deuxième rangée à l’église des Saints- Martyrs Canadiens , je baigne dans l’odeur de myrrhe qui émane de l’autel.
Avec ma robe blanche, mes souliers blancs et mon voile blanc, je me sens comme un flocon de neige tombé du ciel.
C’est le jour de ma confirmation. Je demande au Saint- Esprit d’allumer une langue de feu au-dessus de ma tête comme il l’a fait pour les apôtres. Je trouve ça beau sur l’image que la sœur nous a montrée, on dirait qu’ils ont avalé des mouches à feu.
Pendant le sermon du prêtre, je glisse doucement mes souliers en cuir vernis sur le prie-Dieu pour faire danser sur mes pieds les rayons de soleil colorés par les vitraux. J’ai reçu ces chaussures pour mes 6 ans.
Maintenant qu’elles scintillent, elles sont devenues magiques, comme dans les contes de fées que papa me lit.
Soudain, le prêtre hausse le ton :
— Est-ce qu’une de vous peut nous donner un exemple de sacrifice ?
Un cratère s’ouvre dans ma poitrine et je suis saisie d’une impulsion irrésistible :
une part de moi demande à être confirmée et ça presse !
Depuis trop longtemps, je m’efforce d’être une petite fille raisonnable et je garde pour moi ce que je vis pour diminuer la souffrance de maman et ne pas être un poids pour papa.
La permission m’est enfin donnée, par un porte-parole direct de Dieu, de dire au monde le sacrifice que je fais pour que maman aille mieux !
Moi qui suis timide de nature, mue par une vitalité électrisante, je lève la main, bondis de mon siège et m’écrie avec une fougue qui me fait chanceler :
— Moi !
Le prêtre sourit et m’accorde la parole.
Le souffle court, les mains appuyées sur le dossier du banc devant moi pour ne pas
trop trembler et le visage brûlant, je raconte d’un seul trait mon bel exemple de sacrifice :
— Quand je joue dehors et que j’ai trop de plaisir, maman me demande de rentrer prendre mon bain et je le fais tout de suite pour pas qu’elle s’inquiète et qu’elle soit malade !
J’entends des murmures d’approbation et certaines personnes éclatent de rire.
Celles qui sont près de moi se retournent pour me sourire et me lancer des regards affectueux en acquiesçant de la tête.
Même si personne n’est en mesure de percevoir la peur que je viens de traverser et le drame caché derrière ces paroles anodines, ça me libère d’avoir exprimé ma vérité et de m’être sentie reçue par les gens.
Quelle confirmation ! Je peux être moi sans retenue, être accueillie et faire le bonheur des gens.
J’ai sûrement reçu une langue de feu : une douce chaleur m’enveloppe de la tête aux pieds et une petite joie danse dans mon cœur.
On dirait que quelqu’un a recousu mes morceaux ensemble et qu’ils chantent en harmonie comme la chorale dans le jubé.
Je me rassois, les joues en feu et le cœur battant, et je remercie en silence mes souliers magiques de m’avoir donné le courage de me lever pour partager mon
sacrifice.
Même le soleil qui les fait chatoyer semble se réj***r de mon coming out.
Ça me prendra des années à trouver le chemin pour revivre cette expérience, où je suis libre de suivre ce qui m’anime et d’exprimer ma vérité pour toucher le cœur des gens.
J’aurai à traverser mes plus grandes peurs, à renverser les interdits qui se dressent devant moi et à découvrir des réponses à ce que mon cœur désire dans tout ce qui m’arrive.
Des années plus t**d, je ferai un rêve merveilleux qui illustre ce beau mariage de liberté et de connexion :
je galope à bride abattue sur un cheval sauvage blanc comme neige, et une immense page
vierge s’étend devant moi.
À mesure que j’avance, transportée par mes élans et la fougue de ma monture, j’improvise un paysage gorgé de vie, de couleurs et d’odeurs qui me ravit et je crée de la
beauté tout autour de moi."
j’ai soif, si soif de mon vrai moi
d’exprimer librement ma voix
pour allumer les étoiles dans l’noir