22/12/2019
Voilà, c’est fini…
Demain, lundi, je vais aller, la mort dans l’âme, faire aveu de faillite au tribunal de commerce. Je vais essayer d’expliquer ce qui paraît être incompréhensible.
Je me suis lancé dans cette aventure seul et sans expérience, avec comme objectif de travailler avec des produits propres proposés par des personnes respectueuses de la terre, de leurs voisins, de leur chien,… Vins nature, bières artisanales, viande, légumes, pommes de terre,... Et tout ça discrètement, sans fanfare, et en oubliant de répercuter ce travail sur les prix. J’ai oublié qu’il fallait gagner de l’argent.
Et quand on oublie ce détail, on en perd. Un exemple: tous les jours, depuis sept ans, on épluche et coupe à la main 25 kg de patates. Livrées en camion, elles ont parcouru 20 km du champ à la Boule d’or. C’est ce qu’on appelle du circuit court. C’est ce qui est mis aujourd’hui sur la table pour une “agriculture urbaine”... Ça a un prix. Mes marges bénéficiaires étaient trop faibles…
Les charges patronales, les taxes, les impôts (30.000 euros en 2018, je n’ai toujours pas compris), assurances, etc etc. Ajoutez à cela un propriétaire absolument infect qui a réussi à empêcher le rachat de la brasserie pour me pousser à la faillite…
J’ai espéré jusqu’au bout, optimiste béat, mais le frêle esquif s’est brisé sur la falaise du système. Je suis tellement confus que je ne trouve pas les mots.
Tellement de gens sont venus ici, travailler, manger, boire, faire des rencontres, les festivals du doc, du court, des concerts, le foot, toute cette vie…
J’ai vu des mamans avec un gros ventre, puis avec la petite crevette, puis le gamin qui parle, qui court, qui grandit… Jamais je n’ai entendu un enfant pleurer ici.
Tous ces gens qui partaient du resto en se disant “ici c’était bien, on reviendra”.
Vous allez me manquer, terriblement. Je ne sais pas ce qui m’attend et si jamais quelqu’un a un conseil à me donner avant que je n’aille au tribunal…
On va rester ouvert jusqu’au 31 décembre inclus. Et pour la nuit de réveillon aussi. Venez donc boire un petit dernier pour la route.. Mais comme on dit: ce n’est jamais le dernier et puis, quelle route?
Patrick Goossens