24/02/2026
Divino Gusto, Nivelles, Février 2026
C’est un charmant petit restaurant situé sur une petite place, un square, à l’Est du centre de Nivelles, dans le quartier surnommé “Faubourg de Bruxelles”, pas loin du palais de justice de Nivelles
Son patron est Gaëtan Poels, au départ un sommelier, devenu entrepreneur de restauration en ouvrant Divino Gusto il y a quinze ans et ensuite en reprenant le bar-à-vins “Maurice Le Limonadier” pour le transformer en son second restaurant.
Le vin est donc important ici, le patron est en salle, bouteilles en mains, et propose de belles sélections de vins entre classiques et biodynamie, sur base d’une gamme de plus de 100 références en cave et à la carte. Côté cuisine, c’est le chef Marc Grislain qui officie, un ancien de Bozar, et qui définit sa cuisine comme gastronomique et “méditerranéenne” : nickel !
Ce côté « marin » s’exprime aussi dans le décor, des fenêtres rondes en forme de hublots, des couleurs entre bleu vert et anthracite. Éclairages soft et élégants. Fauteuils en tissus gris clair.
Quelques années depuis notre dernière visite en 2017, il était donc temps de venir voir où en est cette jolie maison gourmande.
Un beau choix d’apéros, champagne, gins belges, cocktails, proposés par le boss. Le negroni était parfait et le service du gin tonic très pro : le gin seul avec les glaçons dans un verre large, permettant d’en humer les arômes avant d’ajouter soi-même le tonic en fonction de ton envie de dilution. Et aucun sachet de poivre et conneries séchées ! On n’est plus en 2010 !
En mise en bouches on nous apporte trois jolies pièces, une réinterprétation maison de la tarte aux Maroilles, un cube de mousse de canard et une version moderne de la tartine de fromage blanc aux herbes avec daikon. Les trois étaient bonnes mais le macaron au Maroilles en hommage aux origines semi-chtis du Chef était divin (& gustin!).
Voici qu’arrive la carte. Les menus se déclinent de 3 à 5 services plus un lunch 2 services le midi. Ces menus sont basés sur deux entrées et un plat qui ne sont pas à la carte et changent selon le marché. Dans la carte à côté, quatre entrée, quatre plats et quatre desserts aux énoncés fort appétissants.
On démarre avec tartare de veau avec gelée de dashi, câpres, champignons et sauce crémeuse de vinaigrette à l’oseille. C’était vraiment fort bon, au niveau des mélanges de saveurs, pas loin d’un Vitello Tonato, mais avec le veau coupé large pour laisser de la mâche. Le veau était déjà succulent si on le goûtait seul sans aucun des autres éléments. Une toute belle entrée pleine de peps. L’accompagnement de la cuvée Les Éolides des Vins de Liège fonctionnait superbement.
On continue avec le Lapin farci à l’Anguille fumée, carotte tigrée à la noix, et sauce « plum » faite de vingt ingrédients différents. Le lapin est présenté en tronçon cylindrique, l’anguille « plantée » au milieu, la chair est très belle, rose pale, et très savoureuse. La dualité terre & mer est très réussie. La carotte était parfaite, un gel de prune fermented et apportait un côté salé et doux à la fois, et la sauce une vraie tuerie. Assiette époustouflante de succulence !!
L’accord vin avec un vin orange de Zibibbo (nom italien du Muscat d’Alexandrie) était malin et parfait !
Du bon pain et un beurre de ferme travaillé, et sel et poivre à table.
Le restaurant est ouvert du lundi au vendredi midi et soir, fermé le week end et les jours fériés. Ne cherchez pas trop d’infos sur les réseaux sociaux (le dernier post date du 8 janvier et le précédent de novembre), les cartes et menus sont listés sur le site web qui est fort complet et pratique.
On reprend le menu avec le Skrei, ce jeune cabillaud des eaux nordiques, servi sur un beurre blanc « à manger » avec des œufs de saumon. Le poisson était splendide, nacré comme il se doit, se désirant en de belles écailles en température juste chaude sans excès et encore juteuses. Le poisson seul était déjà délicieux. Combiné ensuite au splendide beurre blanc puissant et très savoureux, c’était magnifique. Assiette copieuse aussi, tout comme ce qui précédait. Superbe niveau.
Foie gras avec seiche et chou rouge. Une assiette de haute couture ! Foie gras poêlé, cuisson très légère, cœur encore cru mais chaud, seiche infusée au jus de chou rouge, sa texture splendide, le tout accompagné d’une gastrique de chou rouge très acidulée et huile aromatique. Servi à part, un kroepoek au chou rouge avec crème de foie gras. C’était splendide. En fait c’était ahurissant. Quel niveau !!
Le parking est aisé des deux côtés du square. En été, une petite terrasse entourée de verdure s’ouvre à l’arrière.
On passe aux plats.
Ris de veau de Corrèze à la levure et Savagnin. Sur un lit d’oignons des Cévennes, un ris de veau superbement saisi, encore finement rosé, en croûte de levure et laqué au savagnin, entouré d’une émulsion mousseuse au savagnin, donnant des arômes de noix et de pommes mélangés. Les oignons étaient merveilleux, le ris aussi. Une totale réussite.
Enfin face à moi, Joe a choisi la volaille, du poulet noir de Bourgogne, contisé* de truffe noire, avec marbré de pommes de terre, topinambour et truffe en croustillant de pâte philo, mousseline chou fleur travaillée à la truffe, salsifis glacés dans leur propre sève avec brisures de noisettes du Piémont, mousseline rôtie de butternut et disques de Champignons de Paris avec poudre de cèpes, gel de champignons et sauce Périgourdine. C’était un plat splendide, extrêmement complexe, représentant une masse de travail fabuleuse, beaucoup de maestria, et de niveau parfaitement étoilable.
Tous les vins servis furent excellents. Très beau travail sur les accords.
Comté 24 mois en crème, avec fleurs de fenouil de gomasio, chou fleur pourpre, champignons confits, le tout présenté en sorte cercle garni de tous ces éléments colorés. Le fromage restait totalement identifiable !
Enfin en dessert, une version revisitée de la dame blanche « qui n’est pas une dame blanche ». Crème glacée au kinako, caramel au beurre salé, vanille de Madagascar, chocolat valronha, et à part espuma à la vanille et tuile de cacao. C’était très bon et malgré les textures et techniques différentes, les codes de la dame blanche convergeaient en bouche.
Quelle chouette endroit ! On voit qu’il y a de la passion dans les paroles et dans les gestes. Le duo entre Gaëtan et son chef Marc Grislain fonctionne à merveille ! En plus, les prix sont parfaitement cohérents et les vins aussi. Que demander de plus ? Mais foncez donc !!
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(*) : Contiser est une technique culinaire qui consiste à inciser la chair de volailles, de gibiers ou de poissons pour y insérer des éléments aromatiques (herbes, ail, truffes) ou décoratifs (lames de truffe, charcuterie) afin de parfumer et embellir le plat avant cuisson. Elle permet d'infuser les saveurs directement dans la chair.